9 septembre 2021

Le marché de l’occasion : une arme de séduction massive

Autrefois jugé dévalorisant et très marginalisé, le marché de l’occasion est aujourd’hui en plein essor dans le retail. Un nouveau mode de consommation qui s’appuie sur des motivations écologiques et économiques.

Tout le monde s’y met ou presque ! Le marché de l’occasion est un phénomène qui n’est pas prêt de ralentir. Il existe depuis très longtemps à travers les brocantes ou d’autres lieux de rachat de produits d’occasion. Mais c’est à partir de la crise de 2008 que la seconde main connaît une croissance continue en France. Les français sont de plus en plus nombreux à acheter des vêtements d’occasion : 32% des individus ont déjà eu recours à la « seconde main ».

Selon les experts de Xerfi Precepta, le marché a généré plus de 7,4 milliards d’euros en 2020 malgré l’épidémie de la covid-19 qui a touché l’ensemble des secteurs économiques. C’est une année qui a même marqué une véritable accélération dans les expérimentations autour de ce marché, et ce de l’hypermarché jusqu’au haut de gamme.

« C’est un marché qui s’est structuré rapidement, avec des plateformes en ligne qui sont passées devant les acteurs historiques comme les friperies. Le succès d’un site comme Vinted a permis une véritable démocratisation du seconde main », a affirmé Thomas Delattre, de l’IFM (Institut français de la mode).

Toujours d’après l’étude Xerfi, la structure des ventes par profil d’acteurs montre que les sites de petites annonces généralistes, Leboncoin en tête, continuent de s’imposer sur le marché de la seconde main avec environ 28% des ventes en valeur en 2020. Viennent ensuite les sites de vente en ligne spécialisés (Vinted, Back Market, Vestiaire Collective…) qui captent autour de 22% des ventes.

Pourquoi les consommateurs se tournent-ils massivement vers la seconde main ?

Les consommateurs sont plus conscients des enjeux environnementaux et sociaux. A ce titre, choisir une mode moins polluante et moins chère est le critère qui monte en flèche. Selon Kantar, 37 % des consommateurs de mode du marché d’occasion profitent pour payer moins cher et acheter beaucoup plus. C’est aussi une manière de préserver l’environnement. Produire des biens de consommation nécessite beaucoup de ressources (matériaux, énergie, eau) et génère des gaz à effet de serre qui contribuent au réchauffement climatique. C’est pourquoi les retailers sont obligés de revoir leurs modèles commerciaux pour pouvoir non seulement attirer mais aussi pour conserver ce segment.

Les marques s’adaptent

Vinted, Videdressing ou encore Le Bon Coin sont les sites dont on parle énormément ces derniers temps. Mais la seconde main est plus vaste que cela. Elle ne se limite pas à des applications ou des sites internet. Toutes marques de mode confondues, du luxe à l’ultra fast fashion, ajoutent les unes après les autres un corner « seconde vie », « Second souffle », « Corner seconde main », « Seconde histoire » … à l’image de l’enseigne Camaïeu qui a lancé son vide-dressing en ligne, Ba&sh qui lance sa plateforme de recyclage pour vêtements neufs, ou encore Kiabi qui déploie la seconde main en ligne et dans son réseau européen. Le marché de l’occasion s’est également ouvert à de nouvelles enseignes comme Petit Bateau, Hermès, Aigle, Balzac, Faguo, Eram… Ces dernières font partie des nombreux acteurs à avoir lancé une initiative seconde main l’année dernière, attirées par un marché qui pèse 1,16 milliard d’euros en France, selon l’étude de Kantar. Personne ne veut rater l’occasion.

La grande distribution tente aussi le marché d’occasion.

Des supermarchés apportent également leur expertise à la grande distribution, avec des corners dédiés aux produits d’occasion. Qu’il s’agisse de vêtements, de meubles, d’appareils informatiques ou même d’électroménager, la « seconde main » s’installe dans la grande distribution et séduit toutes les franges de la population.

Désormais les clients peuvent faire leurs courses au supermarché sans rien dépenser ou presque. C’est une réalité ! Le principe est simple : les consommateurs viennent avec leurs objets et repartent avec du cash ou un bon d’achat, suivant les enseignes.

C’est Leclerc qui s’est placé le premier sur ce créneau en 2018 avec la création d’un espace « occasions » au sein de son hypermarché de Roques-sur-Garonne (Haute-Garonne). Évidemment, les autres distributeurs ont répliqué avec leur propre concept. Au début de l’année 2020, Auchan s’est lancé dans les vêtements de seconde main. La même année, Carrefour a créé sa section occasions dans son magasin des Ulis (Essonne). Système U, Casino et Cora se sont alignés avec des concepts similaires.

En cas de succès, toutes les grandes enseignes souhaitent ensuite l’étendre à un maximum de magasins. C’est une nouvelle politique qui vise surtout à renforcer leur image prix, fidéliser leur clientèle, et dynamiser la fréquentation de leurs hypermarchés, en perte de vitesse.